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Chapitre II - Le nabot
Ce récit, tiré de plusieurs pamphlets,
nous raconte les histoires d’un petit village médiéval, proche de Paris, entre
les années 1300 et 1350. Certains nous ont assuré qu’elles sont vraies,
réelles, que les faits relatés ont bien existés comme dans toute histoire.
Nous sommes encore au temps des
Francs. La cité, faite de maisons étroites, donnent sur la rue par leur mur
pignon et ont souvent une boutique au rez-de-chaussée. Elles s’élèvent en
hauteur pour l’habitation donnant vue sur ses rues étroites et sombres. Toutes
les maisons ne sont pas dédiées au commerce. Celles qui n’ont pas de commerce
ont souvent une étable ou une grange créant ainsi un mélange de vie urbaine et
de vie rurale.
A cette époque, point de
sanitaire. Le tout à l’égout ne fut inventé que quelques siècles plus tard. Les
besoins se faisaient dans des pots. Ces mêmes pots que l’on vidait par la fenêtre
au petit matin dans les rues en terre battue les transformant en rues boueuses.
Malheur au passant inconscient
qui n’y prenait garde, il risquait un arrosage d’urine dans l’indifférence et
le mépris le plus total. Cette cité comme d’autres, sentait mauvais, une odeur
âcre vous prenait à la gorge, amplifiée par les quelques rayons de soleil qui
pouvaient y pénétrer.
A part la seigneurie, qui vivait
dans l’opulence, grâce à leurs fermiers, il y avait cette catégorie de
privilégiés, habitants de ces maisons. Ces femmes et ces hommes qui
consacraient leur vie à servir ces nobles pour n’en récupérer que des miettes,
mais suffisant à les nourrir.
Et puis il y avait les autres,
les indésirables, les mendiants, ceux que l’on considérait comme de la vermine,
mais fort utile dans les tâches les plus dures, les plus horribles, ces taches
qui vous fragilise le corps au point de le rendre inapte à tout. Alors on les
acceptait même avec dégout.
Pour ceux-là point d’habitation,
ils vivaient dans la rue, dans les ordures en décompositions qui donnent chaud
le temps d’une nuit. Certains au fond de la forêt, sur de la mousse ou de fines
branches de bois, au risque de se faire dévorer par les loups.
D’autres plus chanceux, mais
rare, trouvaient refuge dans une grange ou une étable, quand l’habitant l’y
autorisait en échange d’un travail harassant.
C’est une époque où la médecine
ressemblait plus à du charlatanisme. On y pratiquait des méthodes qui
aujourd’hui vous enverraient en prison pour des années. Les saignées sur des
corps malades ont souvent propulsées la personne vers une destinée mortelle plus
rapidement qu’une hypothétique guérison. La mort, bien que prévisible était
plus attribuée à un phénomène extérieur, un chat noir devant la porte, une
personne ayant une mauvaise pensée envers le malade, plutôt que d’en attribuer
la cause à ces remèdes farfelus.
Un matin de juin, une femme
accoucha chez elle avec l’aide de nombreuses voisines. Ce bébé d’à peine 1,5 kg
avait une allure bizarre. Il était tordu, recroquevillé, déformé. Le corps en
forme de Z. il n’en fallut pas plus pour qu’une des présentes lança que c’est
l’œuvre du diable. Partons ou nous serons maudites et le malheur va s’abattre
sur nous et nos familles criait-elle en courant vers la sortie.
Des siècles plus tard ont su que
la scoliose dorsale n’était pas l’œuvre du diable, que cela pouvait même se
guérir. Mais à cet instant, même ceux qui se disaient être les médecins les
plus aguerris auraient réagi de la même manière que ces femmes étant dans
l’ignorance la plus totale sur le sujet.
Alors abandonnée, cette laissée
pour compte, enveloppa le bambin d’un petit linge blanc, traversa le village et
alla le déposer au bord de la route, près de la forêt. Elle pensa que si
c’était vraiment l’œuvre du diable, alors autant que les loups en fassent leur
festin.
Certes aujourd’hui nous trouvons
cela horrible, mais à cette époque c’était monnaie courante. On se débarrassait
des nouveaux nés de cette manière, même si l’enfant était normal mais que sa
seule présence n’était pas voulue.
Une nourrice en mal d’enfant, qui
venait de perdre ses six garçons d’une maladie infectieuse, comme cela arriva
très souvent, ramassa ce petit corps décharné, déformé, et l’emmena avec elle.
Personne ne le su. On attribua sa disparition
à une meute de loups qui traversait la région.
Les années passèrent puis un
jour, un homme, pas plus haut que le mètre, recroquevillé sur lui-même et
marchand avec difficulté, s’approcha du village. Sa mère adoptive avait
certainement dû lui raconter comment elle l’a trouvé, l’endroit ou il avait été
déposé, car sa venue n’avait qu’un seul but, retrouver sa véritable mère pour
lui demander explication.
Peine perdue, elle était décédée
depuis de nombreuses années, de faim, de maladie, personne ne put donner la
réponse. La forme de ses guibolles complètement vrillées, de son torse, petit,
tordu, écrasé, était surmonté à la hauteur du coup près de l’épaule gauche,
d’une immense boule. Atteint non seulement de la scoliose, il était également
devenu bossu.
La rumeur fila bon train, attira
tous les curieux du village, voir le monstre était devenu une attraction. On le
surnomma le nabot, le bossu, le diable. On le regardait avec insistance mais
personne n’osa s’approcher, le toucher. Lui parler risquait de vous transporter
en enfer. L’ignorance régnait en maitre. Lui s’en amusait.
Pour survivre il allait sur la
place des différents marchés. Touchez ma bosse, criait-il, elle vous portera
chance en réclamant quelques piécettes au passage. Personne n’osa s’approcher
mais quand cela se faisait, c’était du bout d’un doigt. La peur d’une
contagion, peur qu’un sort machiavélique traverse le corps et vous rende fou.
Peur de se retrouver en enfer avec lui.
Alors de la curiosité il passa au
rejet. On commença à le détester, à le craindre, car comme partout, quand on a
peur ont fini par raconter n’importe quoi. Des histoires qui le concernait
alors qu’on ne le connaissait pas. On finit par lui attribuer la faute aux
mauvaises récoltes, aux maladies, à la mort d’un homme dans son sommeil.
Quand une femme accouchait, elle
ne devait surtout pas penser à lui, au risque de voir son enfant dans le même
état. La bêtise, l’illettrisme, la stupidité, la rumeur, l’ignorance aggravait
son cas. On finit par lui attribuer toutes les turpitudes du moment. Ça
arrangeait tout le monde. Voilà le coupable idéal. Il est venu des enfers, son
corps le prouve.
Les villageois ne désiraient plus
qu’une seule chose, retrouver leur vie d’avant cette venue qui les avait
métamorphosés. Cette présence devenue indésirable par la perte de leurs
anciennes habitudes. Cette bête immonde qui selon les dires les mèneraient à
leur perte.
Un matin, alors qu’il dormait
dans un champ, les villageois sur précipitèrent sur lui. On le bâillonna, on le
ligota, puis on l’emmena sans autre forme de procès vers le pilori. On l’accusa
ensuite de tous les malheurs du village. Chaque femme, chaque homme qui avait
un reproche à formuler pour une chose qui lui était arrivé l’accusa d’en être
le responsable en passant à tour de rôle devant lui. On l’accusa même des
méfaits des années précédentes bien qu’il n’avait pas été là. C’est le diable,
vous comprenez, et avec le diable tout est possible.
Nabot ! avoue que tu es
responsable de tous ces crimes. Avoue pour qu’on en finisse. Mais que devait-il
avouer puisqu’il était innocent. A travers ses yeux je voyais la foule, qui au
fils des jours passa de la curiosité à l’angoisse, au doute, à la haine, puis à
la vindicte.
Après cette démonstration de
haine vint les jets de tomates, puis de pierre, la foule ne se refusant aucune
limite. Il faut le battre, l’écorcher vif, l’écarteler, des mots lancés par la
foule qui se déchaine. Des mots encore des mots, et des tortures à l’époque il
y en avait des centaines. Pourtant, personne n’osa s’approcher de lui pour les
pratiquer.
Le bougre, il regardait la foule
d’un léger sourire ne comprenant pas vraiment cette haine alors que quelques
jours auparavant il était une curiosité. On le laissa ainsi plusieurs jours,
sans manger, sans boire, et quand il réclamait un peu de nourriture, on lui
lançait des tomates à la figure en disant tien mange et en rigolant. Il n’avait
plus d’autre choix que de faire ses besoins dans sa culotte déjà humide
d’urine.
Personne n’osa mettre son
exécution en route, et les jours passant, l’odeur infecte qu’il dégageait,
finit par repousser les gens. Le pilori régnait seul au milieu de la place du
village. Plus personne ne s’en approcha. Alors on le libéra et on le jeta dans un cachot au fond d’un trou. Un soir, à minuit précis, le nabot ordonna au temps
de s’arrêter.
C’est peut-être de là que vient
l’expression, le crime de minuit. Qui sait ?
Quand les gens se levèrent, point
de soleil, la nuit régnait en maître. Comment cela est-il possible. Ils firent
venir des sorciers, des sorcières, mais aucun résultat. La nuit persistait. Il
devenait impossible de savoir si c’était l’heure de dormir, de se lever,
d’aller aux champs. Les semences ne prenaient plus. Les autres récoltes
flétrissaient. La famine gagna le village, le pays. Les gens devenaient fous.
Les morts s’amoncelaient.
Un homme se rappela que quelque
part un nabot s’y trouvait enfermé dans une cage. Il alla le trouver. Nabot
est-ce toi ? cette noirceur est-ce toi ? je suis le seul du village
qui n’ai jamais rien dit contre toi, n’ai jamais rien fait, tu peux me parler.
Le nabot lui répondit qu’au fond
de son trou la lumière n’est jamais venue. Et si cette noirceur c’est étendu au
reste du monde ça doit être par punition.
L’homme couru en rendre compte
aux survivants, rapportant les mots du nabot. Nous allons tous mourir si nous
ne faisons rien. La décision fut immédiatement prise, il faut libérer le nabot,
lui demander pardon du mal qu’on lui a fait, ce qui fut fait dans la foulée.
On lui prépara un bain chaud, de
nouveaux vêtements qu’il fallut adapter à son corps, on lui apporta à manger,
ceux qui étaient encore présent vinrent lui caresser la bosse, pas du bout d’un
doigt, non, des deux mains même.
A minuit précis, le nabot ordonna
alors au temps de reprendre son court. Le lendemain matin, tous les survivants
lui rendirent visite, s’excusèrent, on lui offrit tout ce dont il avait besoin.
On l’assistait, on l’aidait. On lui rendait visite du monde entier, car
maintenant il était craint.
On lui proposa des fortunes, des
maisons, des terrains, des femmes, des animaux, il refusa tout. Il ne demanda
qu’une chose en retour, c’est que son infirmité comme celle de ses semblables
ne soient plus vilipendé, que le respect à son infirmité soit reconnu.
Il voulu une petite maison en
bois près de la forêt, une brebis pour le lait, quelques poules pour les œufs.
Tout cela lui fut offert de bonne grâce en espérant ne plus subir la noirceur
d’une nuit sans lendemain. Il y vécu plusieurs années et ne posa en retour
qu’une dernière volonté, celle d’être enterré près de sa véritable mère. Cette
demande fut soigneusement consignée pour qu’elle ne soit pas oubliée.
La durée de vie des paysans était
courte, le dur labeur des champs y étant pour quelque chose, la malnutrition et
les maladies également. Mais que dire d’une personne dont le corps déformé
refusait tout acte violent ou pénible. Alors oui, pour ceux-là la durée fut
divisée par deux. Il mourut jeune pour nous mais vieux pour cette époque.
Quand la nouvelle fut rapportée,
les villageois se précipitèrent pour emporter son corps, bruler sa cabane en
bois, assassiner tous les animaux. Son corps fut apporté à un bourreau qui le
découpa en morceaux. Chaque partie fut envoyée dans des destinations opposées
et lointaines avec pour ordre de les réduire en cendres et qu’elles soient
ensuite dispersées par le vent.
Voici comment prit fin la vie
d’un homme qui n’avait jamais voulu qu’une chose, retrouver sa mère et sa terre
natale. Dans la semaine qui suivit ces actes, la peste noire traversa le pays
qui décima la population entière. Un seul homme survécu, celui qui le sorti du
cachot, celui qui ne l’a jamais vilipendé, et si cette histoire rédigée en pamphlets
nous est parvenue c’est bien grâce à lui.
Chapitre I - Revanche
La fiction que je vais vous
narrer est celle d’un petit garçon né dans une famille banale, une famille ordinaire, comme toutes les familles avant qu'elles ne changent.
Un père méchant, des fois
violent, mais pas de la violence qui détruit, de la violence d’un gamin qui a
vécu dans la guerre ou il y perdit son frère et lui mutilé de guerre par un impact de balle.
De la violence d’un manque d’éducation. De la violence car il était devenu
intolérable à tout, au bruit, aux blagues, à la nudité dans les films, au temps qui passe.
Il épousa une femme, qui lui
donna trois enfants. Le premier avait une facilité d’esprit, d’analyse, de
compréhension. C’est parce qu’elle avait mangé des pommes ironisait-elle.
Le troisième, était accompagné à
la naissance d’un trisomique qui fût éliminé de suite car à l’époque cela non
seulement ce faisait, mais il n’y avait aucune vilénie à le faire. Lui il
suivit le premier dans ses traces. Mêmes aptitudes.
Et entre ces deux, celui dont je
vous raconte l’histoire, était plutôt joueur, habile, instinctif, rebelle,
dissipé, il aurait pu faire n’importe quoi, d’une adaptation à tout sans
commune mesure. Mais, il ne pensait qu’à jouer. Il avait envie de liberté.
Son enfance fût marquée très tôt par des comportements différents envers lui et ses deux frères. Du temps qu’il se souvienne, déjà à l’âge de cinq ans, on lui fit comprendre qu’à Noel gâter ses frères et pas lui n’était dû qu’à son comportement et que cela devait lui servir de leçon.
De gaucher on l’obligea à devenir droitier, je pense que ça a
dû le perturber. On lui tapait sur la main, sur les doigts, pour qu’il ne
recommence plus. Il n’avait pas le choix. La punition c’était dans le coin de
la cuisine, sans bouger, les mains sur la tête, pendant une heure.
Aux anniversaires, pendant que
ses frères recevaient des jouets, lui ne recevait rien. « Pas
gentil » qu’ils lui disaient, tu ne mérites que des claques. De ces mots
non dénués de sens, arriva une réalité bien triste. Aux réprimandes commença à
se mêler les premières fessées. Puis se fut les claques. De plus en plus
violentes. Puis arriva les insultes mêlées aux claques.
Vers l’âge de sept ans on l’amena chez un psychiatre. Juste pour voir s’il était normal. Juste pour se donner bonne conscience de ne pas élever un débile. Juste pour justifier les coups, et ne pas avoir de regrets face à ce qu’ils considéraient être nécessaire.
Le
résultat des tests justifia une entière responsabilité de son comportement. Le
petit le vécu dans l’indifférence, comme cela à toujours été le cas. Peu importe
ce qu’il dit, ce qu’il pense, ce qu’il fait, tout était de travers, tout était
mal, tout le monde le considérait comme un raté.
Il devait le supporter,
l’encaisser sans broncher, surtout ne rien dire, au risque de voir pleuvoir les
coups. Il essaya de faire des efforts, mais son envie de liberté prenait le
dessus. Son envie de vivre autre chose devenait chaque jour plus fort, créant
ce fossé, cet abime, cette incompréhension qui écartait de plus en plus ce
gamin de sa famille.
Puis un jour, toujours dans ses
sept ans, las des problèmes, ses parents l’emmenèrent devant l’orphelinat du
quartier. On lui fit comprendre qu’ils étaient prêts à l’abandonner, qu’ils
n’en voulaient plus, que de toutes façons il n’avait jamais été désiré. Qu’il
fût né par erreur, que sa mère aurait mieux fait de faire dans la culotte que
de le mettre au monde. Que ceci devait servir de leçon et que la prochaine fois
il n’y couperait pas.
Le pauvre gosse n’avait qu’un mot à la bouche « pardon » qu’il répétait sans cesse en pleurant. Pour lui faire oublier ce passage, ils lui achetèrent un hamster. Hamster qui disparut dans le terrier d’une taupe au jardin. A ce moment là il passa des coups aux insultes.
T’es un crétin, un merdeux, le dernier des imbéciles. T’es même pas
foutu de garder un hamster. Les insultes passaient au-dessus de sa tête et
c’était déjà mieux que des coups. Mais là aussi les insultes devinrent de plus
en plus violentes.
Un jour en partant en vacances, dans la voiture et en traversant un petit village, le père vit un clochard. Tien regardes tu finiras comme lui, dans la rue ou sous un pont, ton futur métier, et ne compte pas sur nous pour t’aider.
Quand ses frères partaient s’amuser, lui devait
rester à la maison. Punit !! de quoi il ne le savait pas, il ne le savait
jamais d’ailleurs. On le canalisait pour éviter le pire. Le pire de quoi ?
Une autre fois ils emmenèrent les garçons au cinéma. Lui deva retourner à la maison avec sa mère. Une punition de plus ! Une humiliation de plus. Ils ont mérité de regarder le film, pas lui, sans autre explication.
Puis arriva l’adolescence. Les
frères en vadrouille, lui à la maison. Tu sortiras quand on te l’autorisera.
Sans raison, sans motif, juste pour le mettre à l’écart, pour lui faire
comprendre qui commande à la maison, qui est le chef, qui a l’autorité de décider.
Son envie de s’évader, de prendre
le large était si grande que sa scolarité prit une claque aussi. La même claque
qu’il avait dû accepter à répétition toutes ces années. Alors on le sortit de
l’école, on lui fit faire une formation en comptabilité. Puis il passa
comptable dans une société d’expertise-comptable.
Enfin un avenir qui lui souriait,
mais pour autant un avenir non désiré, ne correspondant pas à se qu’il voulait.
Il aurait préféré faire le clown dans un cirque ou devenir chanteur. S’il avait
dit cela, son père l’aurait probablement tué.
Il est devenu majeur. Oh juste
de quelques mois. Mais pour lui, cela sentait la liberté, cela respirait un
avenir meilleur. Puis il fit la connaissance d’une fille. Il m’a dit qu’elle
était aussi belle que sa mère, douce, calme, tendre. Ils passaient des heures à
se promener, main dans la main. Un amour qu’il n’avait jamais reçu de la sorte.
Pour lui c’était une princesse, sa princesse.
Alors il décida, après plusieurs
mois de la présenter à ses parents. Sa mère était présente, puis son père
rentra du travail. Qui c’est ? qu’est-ce qu’elle fout ici ? de quel
droit tu emmènes quelqu’un ici ? puis il lui intima de dégager de son
appartement, qu’elle n’était pas la bienvenue.
Trop, c’était trop pour le gars.
Il avait supporté les claques, les insultes, mais jamais une telle honte
d’avoir des parents si ignobles. Alors le lendemain il fit sa valise et voulu
partir, quand son père se mit devant lui. Si tu parts ne reviens jamais plus
ici car tu ne seras plus mon fils, les yeux remplis de colère et de haine, les poings levés comme s'il voulait en plus le cogner.
Après tout ce qu’il a vécu comme
souffrance, comme peine, comme honte, est-ce que les paroles de son père
avaient encore un sens à ses yeux ? je ne le crois pas. Il voulait fuir
cet environnement, cet endroit devenu toxique, ou la haine et l’amertume
régnait au quotidien. Ou l’amour parental n’avait jamais eu de sens pour lui, n’avait
jamais été dirigé vers lui.
Sa décision était prise et pour
une fois dans sa vie il fit ce pas, ce premier pas vers la liberté. Ce premier
pas vers l’indépendance. Malheureusement pour lui, son premier amour déménagea avec ses
parents dans une autre région et il se trouva seul face à cette nouvelle
épreuve.
Mais peu importe, il laisse
derrière lui 21 ans de souvenirs abjects et nauséabonds. Puis arriva un autre
amour, platonique. Une fille maquillée façon Nina Hagen, Picasso se serait
retourné dans sa tombe, une fille presque illettrée, sans éducation. Mais pour
lui c’était mettre la honte à ses parents en retour.
Un mariage raté. Les parents ne
sont pas venus prétextant un malaise de la mère. Un mariage qui ne dura que
quelques mois. Puis se fût la séparation et le divorce. Il s’en fout. Il veut,
il fait, il ne regarde pas à l’erreur, il ne calcul pas. Il s’autorise tout ce
qu’on lui avait interdit toutes ses années. Il grimpe, il plonge, il remonte,
il souffre encore mais c’est de ça faute alors ça passe.
Il travailla d’entreprise en entreprise. Se forma, devient expert dans son job. Et puis un jour on lui proposa de travailler en Afrique noire. Chef-comptable, un salaire cinq fois supérieur à celui qu’il touchait. Comment hésiter ? Pourquoi hésiter !
Partir, être loin des êtres qui lui ont fait tant de mal, le voilà qui
maintenant tient sa revanche sur son passé. Alors oui, il part. sans remords,
sans regrets, sans un regard vers le passé, juste une douce impression d’être
quelqu’un d’autre. Une métamorphose, un renouveau.
Ces années de vacances, comme il
les décrivait, lui apporta sérénité, bien être, bienveillance, bonheur. Il
profita de cet environnement chaud, humide, pas seulement pour travailler, mais
également pour voyager à l’intérieur du pays. Faire des connaissances,
apprendre les coutumes, gouter à un maximum de plats. Cela le fit grandir, pas
en taille, mais en savoir, en connaissance, en culture, en simplicité, en
amitié.
On lui annonça par courrier que
sa grand’ mère était décédée. Qu’il n’avait surtout pas besoin de se déplacer
car elle était déjà enterrée, rien d’autre. Triste nouvelle pour lui car il
l’aimait bien, elle lui avait appris à cuisiner de bons petits plats. Il ne lui
en reste qu’un vague souvenir, aucune photo, rien.
Les années passèrent, puis dans
un pays voisin, un coup d’état. Puis un autre coup d’état dans un autre pays
voisin. La situation se dégradait un peu partout. Magouille, pot de vin,
subtilisation de fonds provenant de l’aide internationale au profit des dirigeants
du pays était devenu un sport journalier. La population elle, elle souffre. En
silence, mais pas longtemps, le temps de se réveiller, de comprendre que la révolution était la solution. Puis devant l’importance de ce changement, il
décida de rentrer.
Il trouva un appartement, un nouveau job de chef-comptable. Ses qualités, ses connaissances l’ont promu directeur financier. Le voilà devenu un autre homme. Un homme responsable, aimant diriger les autres, les former, les soutenir. On lui proposa un test Q.i. comme il en existe un peu partout. Le résultat un Q.i. de 141, si seulement ses parents pouvaient voir cela.
Lui qui était considéré comme un
imbécile, un idiot, un bon à rien, comme quelqu’un qui n’arrivera à rien. Et
bien pour lui la vérité est tout autre, et il en est fière. Fière de cette
réussite, seul, sans soutien, sans aide. Fière de démontrer qu’avec de la
volonté, de la persévérance on peu y arriver, certes il y a bien des obstacles
à bousculer, mais quand tu es dans une barque si tu arrêtes de ramer tu
n’arriveras jamais à bon port, et ne compte pas sur les poissons pour te
pousser.
Jour après jour, pierre après pierre, il a construit sa vie, seul, avec acharnement, prenant, donnant, partageant sans compter, pour le plaisir, pour son bien-être, pour un avenir durable, par respect pour la vie et pour ce qu'elle apporte.
Ce qui un jour devait arriver, arriva. Son frère lui téléphona pour lui annoncer le décès du père. Il lui demanda s’il se déplacera pour assister aux funérailles. Bien qu’il ne l’ait plus vu depuis de nombreuses années, il décida d’y aller. Il y assista, sans sourciller, sans regarder le cercueil, comme si c’était celui d’un inconnu. Aucune émotion, juste de l'indiférence.
Il me raconta cette soirée, les regards curieux posés sur lui, de
voir débarquer un disparu, un insensible à cette situation. Mais que savaient-ils de son passé ? Rien. Que savaient-ils de la souffrance qu’il a
accumulé ? Rien. Alors oui il était là, bien là, mais la tête ailleurs,
le regard vide, ignorant l’instant présent, ignorant les autres. Sa mère tenta une approche. Elle
osa lui demander « Pourquoi ce silence ? Pourquoi plus de
nouvelles ? Pourquoi cette haine ? »
Il lui répondit simplement
« Ma souffrance je ne l’ai jamais partagée, la douleur de ces années à vos
cotés auraient pût me tuer, m’anéantir, toi tu n’as rien dit, tu n’as rien
fait, tu étais complice » Puis il salua les présents et s’en alla.
Il ne revit pas sa mère, mais il
alla quand même à son enterrement. Ce jour-là, à ses frères il dit « Pour
vous, une page se tourne encore une fois, pour moi il y a longtemps que les
pages se sont tournées et le livre refermé, rangé, oublié, de mon deuxième
livre personne n'en fait partie »
Aujourd’hui il vit une retraite
bien méritée, pas dans le super luxe, mais d'une pension qui le met à l'abris du besoin, dans la sérénité
d’une vie accomplie et bien remplie.
Je ne sais s’il y a une moralité
à cette histoire, lui ne me l’a pas dit, il n’en dira rien, ce sera un secret,
son secret, il me donna juste un regard malicieux, tendre et plein d’amour et je
dois me contenter de cela.
Est-ce réellement une fiction ?
Je ne sais plus quoi penser, le doute m’envahit. Une larme perle.
